L'interview "Des PERRILLATS"

Des PERRILLAT au Burkina 

Cette année, deux nouveaux bornandins sont partis découvrir le Burkina Faso. Il s'agit de Guy Perrillat Mercerot, formateur au CRP de Cluses et de sa fille Mylène, préparatrice en pharmacie au Grand-Bornand. Accompagnés par Stéphanie, une autre fille de Guy qui connaissait déjà le pays et guidés en première partie de voyage par Bernard Giguet, président de l'association Aravis /Kompienga et de sa femme. Guy et Mylène ont eu la gentillesse de nous faire part de leurs différentes impressions et émotions dès leur retour :

 

Louis Jalle : Pour un premier voyage au Burkina Faso quelle image forte vous vient à l'esprit ?

Guy et Mylène : Il y en a plusieurs  mais c'est surtout le sens de l'accueil de ce peuple dès notre arrivée à l'aéroport de Ouaga qui nous a marqué. Bien sur la présence du président Giguet explique sûrement la foule qui nous attendait mais nous avons vraiment apprécié cette chaleur humaine dès nos premiers pas sur le sol africain. D'ailleurs, il en en a été de même pour notre départ où de nombreuses personnes rencontrées au cours de notre périple sont venues nous faire un dernier au revoir. C'est touchant... Une autre image forte aussi, ce sont les enfants. Il y a des enfants de partout, c'est fou !

 

L.J. : Beaucoup de gens, lors de leur premier voyage sont surpris de voir tous ces enfants très libres en ville ou en campagne. En a-t-il été de même pour vous ?

Mylène : Oui j'ai été très surprise. Je trouvais même au début une certaine légèreté de la part des parents et puis découvrant ce nouveau pays et son mode de vie, je me suis dit qu'après tout c'était peut être nous qui surprotégions un peu trop nos enfants. Nous voulons toujours tout savoir, tout vérifier, tout contrôler. Il me semble que nous sommes trop protecteurs. Ca fait du bien de découvrir d'autres philosophies éducatives mais cette liberté laissée aux enfants fait quand même un peu peur.

Guy : Les enfants travaillent beaucoup. Les travaux champêtres ou autres corvées quotidiennes comme l'eau et le bois demandent de nombreux bras. C'est comme chez nous il y a 50 ans, les gamins bossaient dur aussi dans nos montagnes.....

 

L.J. : Justement après avoir quitté Ouagadougou, la capitale et roulé de nombreuses heures, vous avez découvert Madjoari (un des villages dont nous nous occupons) au fin fond de la brousse. Quelles émotions avez-vous ressenties ?

 G. et M.: Ce fut très étrange. On se croyait à la télévision dans l'émission « Rendez vous en Terre Inconnue ». Nous avons eu la chance de pouvoir gravir la falaise surplombant le village avec les autochtones. Ensuite, nous avons pu visiter une des concessions et ainsi nous rendre compte de la réalité de leur quotidien :  fonctionnalité de l'habitat, organisation familiale et répartition des tâches. Et là, nous avons été impressionnés par la masse de travail réalisée par les femmes. Elles n'arrêtent pas une minute du matin au soir. Les hommes sont beaucoup plus décontractés voir absents de nombreuses tâches comme l'eau, le bois, les travaux champêtres...... Avec leurs petits ânes  les femmes sont toujours au boulot.

 

L.J. : Vous nous parlez souvent de la corvée d'eau. Comment avez-vous géré ces réalités sanitaires si différentes des nôtres ?

Mylène : On s'adapte très facilement. On fait la toilette au seau dans un petit espace prévu pour cela en apprenant à économiser l'eau et on ressort aussi propre que chez nous. Et après une journée en brousse ça fait du bien.

Guy : Il n'y a pas beaucoup d'intimité. Cela surprend un peu au début. Mais comme dit Mylène, on s'adapte.

 

L.J.: Revenons aux femmes. Il paraît que vous avez eu la chance d'assister à la visite annuelle pour la pesée des nourrissons. C'est vrai ?

G. et M.: Oui en effet. C'était magique ! Plus de cent femmes (certaines ayant fait plus de dix kilomètres à pied) venant des huit villages composant la commune de Madjoari, réunies à la maternité pour la pesée de leurs petits bouts. Elles étaient plus belles les unes que les autres. Heureuses de pouvoir échanger avec nous, elles se sont peu à peu libérées et tout a fini dans la joie et la bonne humeur. L'émotion était grande. Nous avons vécu des moments de simplicité, de chaleur et d'amitié inoubliables...

 

L.J. : Il me semble que la maternité a été réalisée par une ONG autrichienne. Le Comité Aravis/Kompienga a participé à la mise en place de la banque de céréales pour pallier aux famines au moment de la soudure, des micros crédits pour aider les femmes et de l'aide à la scolarité .... Que pensez vous de ces actions ?

Guy :  Tu sais pour l'aide humanitaire, on est souvent sollicité  Le problème c'est qu'on ne sait jamais ou va l'argent lorsque l'on donne aux grosses structures... Tiens, quand tu vois le bâtiment de l'UNICEF à Ouaga, tu te demandes pourquoi un tel luxe est nécessaire !!!  Avec les petits organismes comme le Comité de Jumelage Aravis /Kompienga, on sait où vont exactement les fonds. Tu viens sur place et tu te rends compte des réalisations ou des différentes aides. Et quand  les gens vivant là-bas t'expliquent toute l'évolution et toutes les améliorations économiques, scolaires ou sanitaires et sociales que cela a apporté je peux te dire que ça donne envie de continuer l'aventure.

 

L.J. : Vous avez pu vous rendre compte aussi qu'il y a des échecs dans certaines de nos actions !!

Mylène :Je trouve avant tout que les trente ans de jumelage avec cette région du Burkina sont une formidable réussite mais c'est vrai que tout ne fonctionne pas. L'état de délabrement du foyer construit il y a bientôt dix ans pour les enfants de Madjoari étudiant à Pama en est une preuve. On a vu aussi des livres scolaires ou de bibliothèque acheminés depuis les Aravis par container non utilisés et stockés à côté d'étagères vides. Les plaques solaires qui équipent les différentes écoles ne fonctionnent plus par manque d'entretien. C'est dommage et même si cela fait un peu mal au cœur, n'oublions pas de voir les côtés positifs de cet échange.

 

L.J. : Les grandes idées des occidentaux s'avèrent rarement des solutions, on le sait. C'est pourquoi notre rôle pour l'avenir est davantage de devenir des partenaires financiers plutôt que des décideurs de projets. Qu'en penses-tu Guy ?

Guy : En effet, mais je pense que nous pouvons amener encore beaucoup de choses à ces populations très retirées si elles le souhaitent. Pour ce qui ce qui est de mon point fort, les métiers du bâtiment, je suis persuadé que l'on peut par des formations assez rapides apporter beaucoup de progrès qui se traduiront soit par le développement de l'artisanat soit par une amélioration directe de l'habitat familial. L'idée de partir plusieurs mois pour mettre en place ces formations me trotte un peu dans la tête d'ailleurs....

 

L.J. : C'est une bonne nouvelle pour notre Comité de savoir que de nouvelles énergies sont prêtes à s'investir...

 Guy : Merci. Je dois reconnaître que ce séjour m'a donné l'envie de m'investir au sein du Comité de Jumelage. J'aimerais aussi découvrir le Burkina Faso durant la saison des pluies, d'autant plus que les moustiques m'ont ignoré durant ce séjour pour uniquement s'attaquer à mes filles.....

 

L.J : Pour finir pourriez-vous en quelques mots nous dresser le tableau de ce pays afin d'encourager de nouveaux bornandins à le découvrir ?

 G. et M.: Nous avons visité qu'une petite partie du Burkina Faso mais le fait d'y être allé avec des gens du Comité (en première partie de voyage) nous a permis de tout de suite nous immerger dans la réalité du pays bien loin des parcours touristiques. L'hospitalité est touchante, les rencontres humaines sont très fortes. C'est un dépaysement total. On y découvre d'autres cultures, on croise des éléphants sur les routes( ils nous ont d'ailleurs chargés), on prend le temps de palabrer autour d'une bière dans les maquis avec les autochtones, on découvre la brousse profonde comme dans les livres d'école de notre enfance..... Cependant, c'est aussi un pays de contrastes où se côtoient la grande misère et la mégalomanie des responsables politiques. On ne peut pas te parler du nord du pays car l'instabilité politique au Mali (qui est un pays limitrophe) nous a empêché de nous  rendre au Sahel mais pour finir on peut te dire que c'était vraiment CHOUETTE !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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